Le vélo électrique à l'épreuve de la ville

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A l'heure actuelle, il ne fait plus aucun doute que le vélo partagé a sa place dans les grandes métropoles françaises - mais sous quelles modalités ? Nombreux sont les acteurs qui essayent depuis quelques années de trouver la recette adéquate pour déployer ce moyen de locomotion, quasiment neutre du point de vue environnemental. Parmi eux, Birota, plus connue sous son nom de marque Zoov, fait figure de leader sur le marché français des vélos électriques partagés.

Quelle meilleure occasion pour faire le point avec Arnaud Le Rodallec, CEO de Zoov, sur les défis technologiques et l'évolution des problématiques auxquelles est confrontée son entreprise, près de deux ans après lui avoir consacré un premier article ?

Le projet de Zoov est né d'une double conviction : d'abord, celle initiée par l'irruption du système de vélo en "free-floating" dans les universités chinoises, début 2017. Des acteurs comme Ofo ou Mobike font alors le pari de déployer des centaines de vélos dans la rue, sans aucun système de stationnement corrélé. Le vélo est géolocalisé et se déverrouille grâce à une app, puis l'utilisateur peut le laisser où bon lui semble à l'intérieur d'une zone circonscrite. Ces acteurs prospèrent un temps, mais très vite la situation devient ingérable pour la communauté urbaine : les vélos sont encombrants et peu propices au vivre ensemble.

A la recherche d'un modèle de stationnement équilibré

Arnaud Le Rodallec et ses associés partent ainsi de la conviction qu'ils doivent ré-inventer le système de stationnement, à mi-chemin entre les modèles de stations lourdes à déployer et peu compactes de type Vélib, et les modèles de free-floating qui impliquent un stationnement sauvage. Leur deuxième conviction, c'est que le savoir-faire accumulé par les 3 co-fondateurs de Zoov dans le domaine des objets connectés va devenir important pour le monde du vélo. "On passe d'un modèle où l'intelligence est dans la station à un modèle où elle est transférée dans le vélo", explique le CEO de Zoov, "avec la promesse de savoir ce qui se passe pour le vélo à chaque instant". Mais un tel changement de paradigme s'accompagne évidemment de son lot de challenges techniques : comment concevoir les bornes de stationnement, comment recharger les vélos électriques, comment intégrer les capteurs pour faire ensuite remonter les données à la plateforme... autant de questions que vont devoir résoudre les équipes de Zoov, installées en région parisienne.

Elles peuvent néanmoins compter sur l'expérience de leur Président Eric Carreel, figure européenne de l'objet connecté, serial entrepreneur et innovateur multi-primé, qui a participé aux succès d'aventures entrepreneuriales telles que Withings (qu'il a vendu puis racheté à Nokia), Invoxia ou encore Sculpteo.

La première des innovations de Zoov se trouve dans le système de stationnement, imaginé sur le même principe que celui des chariots de supermarché. Comment cela fonctionne-t-il ? "Une borne sert de point d'ancrage, auquel est ensuite attaché un premier vélo, et ainsi de suite", schématise Arnaud Le Rodallec. Ce système ingénieux permet d'attacher 15 vélos à une borne sur le périmètre d'une place de parking pour voiture. Depuis le mois de juillet, les équipes de Zoov ont mis au point une version évoluée de la borne qui devient à la fois point d'ancrage et point de recharge électrique pour les vélos - soit en étant raccordée au réseau électrique, soit en étant équipée de batteries régulièrement rechargées par les équipes terrain. Attachés les uns aux autres, les vélos constituent une ligne d'énergie partagée sur laquelle chacun vient se recharger. Tout a été pensé : un algorithme privilégie les vélos en bout de station pour la charge, puisqu'il sont ceux qui restent le moins longtemps sur la borne, selon le principe bien connu en logistique de "Last In First Out" (NDLR : le dernier vélo attaché sera le premier à repartir).

Une stratégie de partenariats désireuse d'embarquer tous les acteurs de la mobilité

"Le coeur de savoir-faire de notre entreprise, c'est le produit", déclare Arnaud Le Rodallec, "c'est ce qui explique que l'on ait autant de personnes qui travaillent dessus". Sur les 55 employés, près de la moitié constitue en effet l'équipe développement produit, divisée en 3 pôles (hardware, software et data). Contrairement à certains concurrents, Zoov a développé parallèlement son activité en B2C et en B2B, en nouant des partenariats avec les entreprises qui souhaitent mettre à disposition de leurs employés des vélos pour leurs déplacements entre leur travail et leur domicile (usage appelé "vélotaf" dans la communauté cycliste, et qui va grossissant).

Jusqu'à 2020, Zoov tenait à prendre en charge l'exploitation du service de vélos partagés, notamment dans les deux villes où elle s'était déployée (Bordeaux et le plateau de Paris-Saclay). Mais, confrontée à des cycles de revenus longs, en particulier en B2B, l'entreprise n'a d'autre choix que de faire grossir les volumes rapidement pour atteindre la rentabilité. Compte tenu du dimensionnement de son équipe produit, et parce que c'est là le coeur de métier de Zoov, l'entreprise a fait le choix en 2020 de déléguer la partie exploitation. C'est ainsi qu'elle a annoncé son partenariat avec Vulog, qui vend des solutions de mobilité partagée à des entreprises, et plus récemment, avec l'opérateur Pony. "Notre but n'est pas lancer 50 villes où opérer notre service, mais plutôt de travailler avec une dizaine d'opérateurs de mobilité et de nous recentrer sur notre coeur de métier : le produit et les services associés", explique Arnaud Le Rodallec.

"La croissance du marché du vélo se fera par le vélo électrique"

Comment se finance une telle aventure ? "Nous sommes rentables sur la partie exploitation, mais pas sur la partie corporate", reconnaît le CEO de Zoov. Outre le recours au Preficir de Neftys pour couvrir les besoins de trésorerie, l'entreprise s'appuie sur deux autres sources de financement : les financements publics d'une part, via des subventions et des avances remboursables, et les 6M€ de capital-risque levés en janvier 2019 auprès d'investisseurs privés.

Contrairement à des acteurs comme Ofo, l'un des challenges pour Zoov consiste à penser le vélo pour qu'il résiste dans le temps. "Nous privilégions la robustesse par rapport au coût unitaire du vélo, afin d'augmenter sa durée de vie et ainsi d'en réduire le coût d'exploitation", détaille Arnaud Le Rodallec. Du point de vue produit, les équipes de Zoov travaillent d'arrache-pied sur la façon dont est gérée l'énergie. "A l'heure actuelle, 25% des frais opérationnels proviennent du swapping des batteries" (NDLR : opération de changement de la batterie sur le vélo), estime le CEO de Zoov, "c'est pourquoi nous cherchons à les faire baisser". L'autre chantier auquel s'attelle l'entreprise concerne la partie data ; en améliorant les capteurs, les équipes veulent faire remonter encore plus de données, ce qui leur permettra ainsi d'améliorer l'usage en bout de ligne, après analyse de ces données.

Si la période de confinement a réduit drastiquement les déplacements à vélo, Arnaud Le Rodallec reste convaincu que le vélo électrique, notamment dans son usage de déplacement domicile - travail, va permettre la croissance du marché du vélo. Mais il ne constitue pas le seul moyen de mobilité de la ville du futur : "dans la ville de demain, la mobilité sera multi-modale", espère le CEO de Zoov. "Ce que la technologie permet, ce n'est pas l'avénement d'un seul type de mobilité, mais une meilleure complémentarité des différents modes de mobilité", conclut Arnaud Le Rodallec.

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