ORME propulse l’analyse du mouvement, de l’automobile à l’aéronautique
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Petite entreprise toulousaine d’une quinzaine de salariés, ORME réunit dans son portefeuille clients les plus grands noms de l'aéronautique, de l’automobile, des cosmétiques, des transports et de la Défense. Sa mission : apporter plus de fiabilité, de rapidité et de précision dans l’acquisition et le traitement d’images et de signaux.
Du décollage de la fusée Ariane au geste d’un maquilleur professionnel, en passant par les vibrations d’un essuie-glace, ORME examine depuis plus de trente ans toutes sortes de mouvements. L’entreprise, fondée en 1996 par Luc Oriat et Marie Laurence Meyer, est spécialisée dans le traitement de l’image et du signal appliqué aux essais industriels, là où capteurs, caméras et enregistreurs génèrent des volumes de données à transformer en diagnostics fiables. “Nous sommes spécialistes de l’analyse du mouvement au sens large : chocs, impacts, vibrations… et tout ce qui s’observe avec des caméras”, résume Luc Oriat.
Des moteurs d’avion aux logiciels d’essais
L’aventure ORME trouve ses origines au sein de Snecma (aujourd’hui devenu Safran Aircraft Engines), où ses deux cofondateurs travaillent sur des méthodes d’analyses pour des crash tests appliqués aux moteurs d’avion. Saisissant l’opportunité d’aides au départ proposées par Snecma, les deux collaborateurs décident de s’associer à 50-50 pour créer ORME. “Cela nous permettait vraiment de nous spécialiser dans le traitement de l’image et de signal et de continuer à faire de la R&D dans ce domaine”, explique Luc Oriat. Toulouse s’impose naturellement pour son écosystème aéronautique, d’autant que le premier client d’ORME n’est autre que Safran, suivi d’EDF.
Dès le début, ORME fait le choix d’éditer ses propres solutions plutôt que de ne faire que du sur-mesure. Avec, cependant, une grande marge de personnalisation et d’accompagnement. Aujourd’hui, la suite Track structure leur offre : TrackImage, TrackReport, TrackCam et TrackFile, les deux premiers étant les produits phares, souvent déployés de concert.

TrackImage : la précision du mouvement en images
TrackImage est un logiciel permettant d’analyser du mouvement sur des vidéos d’essais, pour mesurer des trajectoires, vitesses, accélération, en 2D, en 3D et même jusqu’en 6D. L’exemple le plus parlant est aussi celui qui représente le plus gros marché d’ORME : le crash test automobile. Les scènes filmées par des caméras rapides (de 1000 à 5000 images par seconde), à l’intérieur du véhicule et tout autour, sont analysées pour vérifier, par exemple, le déploiement de l’airbag, l’enchaînement temporel des événements, la cinématique de la tête du mannequin. Les résultats vidéo se recoupent avec les centaines de signaux issus des capteurs (accéléromètres, mesures d’angle, de contraintes, de pression) pour calculer des critères de dommage et, in fine, évaluer la capacité d’un véhicule à protéger ses occupants.

“Nous avons aussi beaucoup d’autres applications”, poursuit Luc Oriat. “TrackImage est par exemple utilisé pour le suivi de la fusée Ariane, avec une cinquantaine de caméras suivant le lanceur. Mais il peut aussi être utilisé pour des gestes humains, comme le geste d’un sportif, d’un maquilleur, ou n’importe quel type de mouvement.”
TrackReport : des données aux rapports
Deuxième logiciel de la gamme, TrackReport est né à la demande des clients d’ORME désireux d’automatiser le rendu des données de TrackImage. Le logiciel permet de produire un rapport d’essai exhaustif avec des courbes, tableaux, vidéos, mise en page… “TrackReport est un environnement de développement, dans lequel l’utilisateur utilise un certain nombre de librairies de calcul et d’objets graphiques pour l’analyse et la visualisation de données”, décrit Luc Oriat. “Et TrackReport permet aussi l’intégration de code Python, pour répondre à des besoins très spécifiques de chaque client”.
Cela permet de créer un modèle de rapport qui peut ensuite être utilisé automatiquement à chaque nouvel essai. TrackReport gère aussi les conversions d’unités et le rééchantillonnage de données provenant de différents systèmes d'acquisition pour synchroniser automatiquement des données hétérogènes. “L’autre gros avantage que l’on a, c’est d’avoir fait valider des bibliothèques complètes de templates par des organismes tiers pour répondre à des normes dans l’automobile et l’aéronautique, et donc d’avoir la garantie qu’ils ne contiennent aucune erreur pour les certifications de nos clients.
TrackReport a non seulement été adopté par la quasi-totalité des clients TrackImage, mais le logiciel a également ses applications et clients propres, puisqu’il permet l’analyse d’autres types de signaux que l’image, comme par exemple l’analyse de signaux acoustiques ou de signaux électriques.

Des solutions pour les essais industriels
À ces deux logiciels phares s’ajoutent deux autres innovations créées plus récemment, là encore, sur l’observation des besoins clients. TrackCam, tout d’abord, est un logiciel permettant de piloter et synchroniser les caméras rapides à l’aide d’un seul et unique logiciel. “Il existe un tout petit nombre de fabricants de caméras rapides et elles ont toutes leur propre logiciel pour les piloter. Or, certains de nos clients ont plusieurs de ces caméras et souhaitaient pouvoir n’utiliser qu’un seul logiciel”, explique Luc Oriat.
Enfin, TrackFile permet quant à lui d’aider à l’organisation des données d’essais : ce sont des centaines de fichiers qu’il faut à chaque fois classer, renommer, parfois recadrer ou retoucher afin d’obtenir les rapports de façon automatique.
À ces quatre logiciels s’ajoute toute une gamme de services : sessions de formations aux logiciels, développement de templates de rapports et accompagnement sur les essais. “Nous avons également des clients qui choisissent de faire analyser les essais chez nous, plutôt que de former une équipe pour le faire”, commente Luc Oriat.
Précision et fiabilité accrue
Cette gamme de produits apporte aux clients d’ORME un triple bénéfice. Un gain de temps, tout d’abord, avec l’automatisation des processus et de la production de rapports : “Là où un rapport sortait en trois ou quatre jours avec des risques d’erreurs, on peut désormais le produire en quelques minutes, en fonction de la complexité et du déroulement de l’essai”, explique Luc Oriat. Mais aussi un gain de fiabilité et de précision non négligeable.
“Dans le monde du crash test automobile, par exemple, une erreur répétée sur des critères de crash test pendant plusieurs années pourrait se traduire par des rappels massifs et donc une catastrophe en termes de finance et d’image”. D’où l’intérêt d’un outil capable de corriger de nombreuses distorsions et de traquer jusqu’au centième de pixel, là où l'œil humain n’en est pas capable.
Un challenger avec des ambitions de leader
Dans l’écosystème du crash test, ORME est aujourd’ hui une référence. “Nos plus gros marchés sont l'aéronautique et l’automobile, mais on a aussi des projets dans le spatial, la défense, l'énergie, les smart cities, la santé, l’agriculture…”, détaille Luc Oriat. L’entreprise se félicite d’une rétention quasi systématique de ses clients, parmi lesquels figurent des grands comptes tels que Renault, Airbus, SAFRAN, RATP, le Ministère de la défense et la DGA, Thales Alenia Space, L’Oréal en France, et bien d’autres à l’international comme Nissan, Bosch, Maruti-Suzuki, Autoliv…, que l’entreprise toulousaine accompagne pour certains depuis près de trente ans.
Le modèle économique repose essentiellement sur la vente de licences et de contrats de maintenance annuels, avec 30% de nouvelles licences chaque année. En 2024, ORME a enregistré un peu plus d’un million de chiffre d'affaires. Malgré un marché de niche, l’entreprise toulousaine assure avoir une approche bien distincte de ses principaux concurrents avec un service client très poussé. “Le challenge, c’est de maintenir une longueur d’avance technologique pour devenir le leader de ce type de logiciels”, espère Luc Oriat.
“On continue aussi à se développer à l’international, pour suivre nos clients dans leurs implantations au Brésil, au Mexique, en Inde ou en Chine et on essaie d’accroître notre réseau de distributeurs dans le monde”, explique Luc Oriat, alors qu’ORME est déjà présent en Europe, en Asie, en Amériques et en Afrique. Pour sécuriser sa relation avec ses clients nord-américains, dans un contexte politico-économique changeant, ORME a également ouvert cette année sa première filiale aux Etats-Unis, à New-York.

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