Mini Green Power, l'entreprise à mission qui transforme les déchets en énergie

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À l’échelle mondiale, la consommation d’énergie ne cesse de croître. D'après l'édition 2020 du rapport Chiffres clés de l'énergie édité par le Service des Données et Etudes Statistiques (SDES), sous le patronage du Ministère de la transition écologique, la consommation mondiale a doublé en 40 ans, principalement portée par la croissance de la demande asiatique, et notamment par celle de la Chine. En France, le bouquet énergétique primaire réel se composait en 2019 de 40 % de nucléaire, 29 % de pétrole, 15 % de gaz naturel, 12 % d’énergies renouvelables et déchets et 3 % de charbon. Le bois-énergie, qui représente la quasi-totalité de la biomasse solide, demeure la première source d’énergie renouvelable consommée en France, loin devant l’électricité d’origine hydraulique. Son principal usage est le chauffage. Comment faire pour que la part d'énergies renouvelables augmente au sein du bouquet énergétique français ? La réponse est à chercher du côté d'acteurs comme Mini Green Power, entreprise à mission qui essaie de rendre l'énergie plus verte grâce à ses centrales et chaudières biomasse.

Rencontre avec son fondateur, le charismatique Jean Riondel.

S’il devait choisir un adjectif pour se décrire professionnellement, Jean Riondel dirait qu’il est passionné. Dès l’âge de 26 ans, il se lance à son compte comme expert de démarrage de turbines à gaz – une profession de niche, extrêmement pointue, qui consiste à orchestrer la mise en service des circuits d’une usine électrique. « Pour démarrer une centrale, il faut compter entre 6 et 18 mois de travail, avec un projet qui représente un coût faramineux tant que la production d’électricité n’est pas enclenchée », témoigne Jean Riondel, qui a travaillé pour des clients aussi prestigieux qu’Alstom, General Electric ou encore Total. Pendant dix ans, il mène cette activité dans des pays en paix (Chili, Royaume-Uni, Malte, Pays de Galles) avant de se spécialiser dans les pays en guerre – période dont le point culminant est sans doute la prise d’otage dont Jean Riondel a été victime en Iran pendant l’une de ses missions.

Un volte-face à 360° pour mettre son expertise au service de l’environnement

L’année de ses 45 ans marque pour lui un tournant : « J’étais arrivé à un point de ma carrière où il m’était impossible d’obtenir plus de reconnaissance technique », reconnaît l’expert en démarrage de turbines électriques. Pour autant, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné ; il fallut donc trouver autre chose. En parallèle de ces réflexions, Jean Riondel remet progressivement en doute l’intérêt de ce à quoi il œuvre. « C’est idiot d’aller construire des centrales de 900 Mégawatts en Côte d’Ivoire : l’électricité produite va être gaspillée car redistribuée loin du point de production », réalise-t-il alors. En outre, le modèle des grosses centrales électriques expose les habitants à une certaine vulnérabilité en cas de coupure. « Ce dont le monde a besoin, ce n’est pas de centrales de 900 MW mais de petites centrales, qui produisent une électricité locale, de manière automatisée, et qui fonctionnent à partir d’énergie renouvelable », assure l’ingénieur des Arts et Métiers. Couplée à la quête d’un projet qui a du sens en termes humains, il y a également l’envie de rapatrier en France tout le savoir-faire qui était le sien. « De nombreux Français travaillent à l’étranger sans jamais rapporter de valeur dans leur pays », regrette celui qui a passé la première moitié de sa vie à contractualiser avec des clients anglo-saxons.

C’est de cette prise de conscience qu’est né indirectement le projet Mini Green Power. Lors d’une mission en Israël, Jean Riondel rencontre des chercheurs qui le sensibilisent aux vertus des nouvelles énergies. L’enjeu consiste alors à identifier un domaine sur lequel déployer toute l’expertise qu’il a acquise dans la production d’énergies. Ce domaine, ce sera la gazéification – un procédé que l’on retrouvait au début du siècle dernier dans les voitures fonctionnant au gazogène. Le principe : chauffer du bois (ou toute autre matière combustible qui contient du carbone) à une certaine température, le priver d’oxygène afin de générer un gaz pouvant ensuite alimenter un moteur, par exemple. En creusant davantage le sujet, Jean Riondel réalise que les experts sont passés à côté d’une piste de développement importante dans la manière de transformer les déchets en énergie. En 2014, il dépose un brevet sur un procédé de combustion étagée, à mi chemin entre la gazéification et la combustion, qui permet de brûler « proprement » du gaz. En quoi est-ce si novateur ?

 

La combustion étagée, ou quand le Big Data permet de brûler du gaz plus proprement

Pour se représenter la valeur ajoutée de la solution mise en place par Mini Green Power, il faut au préalable comprendre ce qui « bloquait » dans les autres solutions de combustion de déchets. « Lorsqu’on chauffe un matériau sans atteindre la température à laquelle il brûle, ce dernier dégage un gaz, dans lequel sont présents du goudron et des émanations impures », schématise Jean Riondel. « Dans les procédés concurrents au nôtre, on doit ainsi nettoyer le gaz avant de pouvoir le mettre dans un moteur ». Or, d’après le co-fondateur de Mini Green Power, cette technique fonctionne tant que l’on utilise le même matériau de base. Le problème se pose dès lors que l’on essaie de brûler des déchets - lesquels sont « par nature variables ».

L’innovation derrière Mini Green Power porte sur deux aspects : le fait de brûler « proprement » le gaz et l’usage qui en est ensuite fait. « Grâce au principe de combustion étagée et en s’appuyant sur le Big Data, nous avons développé une technique de combustion qui réduit sensiblement les émissions gazeuses toxiques, et qui évite ensuite d’avoir à nettoyer le gaz », explique Jean Riondel. D’autre part, Mini Green Power ne met pas directement le gaz produit dans un moteur, mais l’utilise pour chauffer de l’eau, de la vapeur ou tout autre composant qui, par conséquent, ne se retrouve pas en contact direct avec le déchet. Concrètement, il existe trois grandes familles de déchets qui peuvent être brûlées au sein des centrales Mini Green Power : les déchets verts, le bois broyé (qui englobe tous les résidus de bois, comme par exemple une table IKEA), et les CSR (« combustibles solides résiduels »), qui correspondent à des broyats de déchets non recyclables comme le plastique ou le chiffon.

 

Une obsession : valoriser les déchets en circuit court et à petite échelle

Au-delà de la prouesse technique, matérialisée par les 12 brevets déposés par la société, la force de Mini Green Power est d’avoir su transformer un double point de douleur en opportunité, en repensant l’utilité du déchet. Pour les collectivités, les déchets représentent à la fois une cause de pollution en même temps qu’une source d’énergie potentielle. « Chaque année, les collectivités dépensent 2 milliards d’euros pour se débarrasser de leurs déchets », constate Jean Riondel. « L’ineptie est double : elles payent des entreprises pour enfouir ces déchets, puis achètent du gaz pour chauffer leurs bâtiments ». En ce sens, Mini Green Power permettrait aux collectivités de trouver une solution à chaque partie du problème, tout en optimisant leurs coûts. A titre d’exemple, le Président de Mini Green Power cite le cas de Brest, où un projet de centrale Biomasse va être déployé afin de chauffer les serres d’une entreprise grâce aux déchets récoltés dans la région. Le projet réunit des acteurs aussi variés que l'ADEME, acteur publique de la transition écologique qui a contribué au projet à hauteur de 4 millions d’euros, qu'un leader de la production de tomates et qu'un acteur incontournable du traitement de déchets dans le Finistère.

En plus de favoriser les circuits courts et à petite échelle – une centrale Mini Green Power étant dix à cent fois plus petites que les incinérateurs traditionnels - l’intérêt de cette technologie est qu’elle permet de stocker l’énergie, ce qui n’est pas le cas de toutes les énergies renouvelables. « Pour nous, un résidu d’arbre broyé constitue un stock d’énergie potentielle, contrairement à l’éolien, au solaire ou à l’hydraulique, qui ne sont pas disponibles en permanence », précise Jean Riondel.

Un enjeu politique, écologique et de souveraineté nationale

Dans l’opinion publique, dire que les incinérateurs n’ont pas bonne presse serait un euphémisme. Pour les populations voisines, il est dur d’accepter de voir arriver des déchets en très grosse quantité, et ce depuis plusieurs centaines de kilomètres alentour. Sans parler de la pollution engendrée par la combustion des déchets. D’après Jean Riondel, le sens de l’histoire va vers un traitement local des déchets. Pour preuve, depuis 2017, le gouvernement a banni la pratique qui consistait à envoyer nos déchets nationaux en Asie, jugée peu éthique. « Ne pas reléguer le traitement de ses déchets à d’autres pays est tout aussi important que le fait de disposer d’une autonomie énergétique », déclare le co-fondateur de Mini Green Power. Figurant parmi les cent premières entreprises à mission en France dès 2019, l’entreprise se concentre dans un premier temps sur la production de chaudières biomasse. « En accord avec les priorités gouvernementales, notre ambition première consiste à remplacer les chaudières à gaz par des mini centrales vertes, qui constituent 90% de nos débouchés actuels ». A horizon plus lointain, l’entreprise souhaiterait exporter son concept dans les pays en voie de développement, où la pollution reste un sujet majeur.

Actuellement en phase d’accélération dans la vente de ses centrales, l’entreprise basée à Hyères est passée d’un million d’euros de chiffres d’affaires en 2019 à 200 000 euros en 2020 à cause de la crise sanitaire, et devrait afficher un CA de 1,2 M€ à la fin de l’année. A terme, l’idée serait de vendre des licences du procédé de fabrication des centrales, et non plus les centrales elles-mêmes. Les principaux clients de Mini Green Power sont de trois ordres : les collectivités, le secteur agricole et l’industrie. Leur point commun : une forte conviction dans le concept défendu par l’entreprise. Avec une levée de fonds de deux millions d’euros prévue dans les mois qui viennent, Mini Green Power entend se structurer d’un point de vue industriel, en standardisant ses process. La découverte du Preficir a grandement aidé la société, qui souffrait d’un manque de financements dû aux échecs essuyés par ses concurrents et à leur incapacité à industrialiser leurs procédés. « Neftys a été le premier partenaire à nous faire confiance. Une autre banque a suivi depuis, ce qui a libéré notre croissance », témoigne Jean Riondel. « Nous cherchons maintenant des fonds d’investissement éthique pour nous accompagner dans notre croissance. » Espérons qu’ils répondront à l’appel !

 

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