Metron œuvre pour réduire la consommation énergétique des industriels

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Dans le paysage français de l'innovation Tech, il n'est pas rare de trouver des acteurs à la conjonction de deux secteurs : l'IA et la médecine par exemple, ou encore l'IoT et la mobilité. Plus rare est le cas de figure où un acteur se situe au centre de trois secteurs stratégiques.

C'est le cas de Metron, une entreprise positionnée à l'intersection du Big Data, de l'énergie et de l'industrie 4.0. Depuis sa création en 2013, la cleantech n'a cessé de conquérir des marchés : aujourd'hui présente en Europe, mais aussi en Amérique Latine, en Asie et au Moyen-Orient, elle emploie près de 130 personnes et travaille avec une centaine de clients.

Retour avec Anthony Gadiou et Jérémie Rendolet, respectivement Chief Digital Officer et Directeur Financier de Metron, sur l'impressionnante trajectoire de l'entreprise française, de ses origines à ses projets de développement futurs, en passant par les challenges propres au secteur industriel.

 

Tout part de la data. Vincent Sciandra, le CEO de Metron, est ingénieur de formation. Dans le cadre de son doctorat sur les systèmes embarqués, il s'intéresse au secteur des transports publics. Un jour, il fait le parallèle entre les résultats de ses travaux de recherche et les problématiques énergétiques auxquelles sont confrontés les industriels. Vincent Sciandra a alors l'idée d'appliquer son savoir-faire au marché de l'optimisation énergétique dans l'industrie. De là naît Metron, en 2013.

Faire entrer la data dans le business

Le premier challenge pour la jeune entreprise, c'est de convaincre un client initial de laisser les équipes de Metron pousser la porte de son usine. "Il faut dire qu'à l'époque", se souvient Anthony Gadiou*, "le secteur industriel n'était pas encore mature sur le sujet de la data"*. L'enjeu pour les équipes consiste alors à démontrer que l'approche fondée sur la data peut apporter à l'industriel des gains énergétiques. Metron a la chance de rencontrer un industriel au profil innovant, le groupe Cémoi, qui lui fait confiance et lui permet de déployer sa technologie sur un premier site pilote. "A l'époque, on n'a ni offre ni produit", explique Jérémie Rendolet. Metron déploie un travail de terrain important afin de comprendre les besoins réels de l'industriel. Progressivement, la start-up réussit à créer un set de données conséquent, à la fois du point de vue de la quantité mais aussi de la diversité. A partir de là, les équipes data science sont en capacité de fournir à l'industriel une analyse fine de la consommation énergétique de son site, ainsi qu'une proposition d'optimisation énergétique. Le résultat est au rendez-vous si l'on en croit le bilan : "aujourd'hui, nous sommes déployés sur l'ensemble des sites du groupe Cémoi", confie le CFO de Metron.

Un tournant technologique est opéré en 2016-2017. Metron passe alors d'une approche Big Data, qui consistait à modéliser la consommation énergétique d'un site industriel, puis à identifier les variables ayant le plus d'impact sur la consommation énergétique pour ensuite optimiser cette dernière en fonction du contexte, à une approche qui intègre des notions d'Intelligence Artificielle. Cette nouvelle approche n'est plus seulement basée sur l'analyse statistique d'un historique de consommations passées mais intègre désormais de la connaissance métier. Le tournant opéré par Metron se traduit par la sortie en 2016-2017 de la plateforme EVA (pour "Energy Virtual Assistant"), un assistant virtuel dédié à l'énergie.

Combiner les technologies d'IA statistique et d'IA symbolique

"Aujourd'hui, quand on parle d'Intelligence Artificielle, on parle souvent de Machine Learning générique, qui peut s'adapter à de nombreuses industries", reconnaît Anthony Gadiou. Chez Metron, les équipes ont fait le choix de créer au contraire une IA spécialisée, dédiée à l'énergie, afin d'automatiser les tâches d'optimisation généralement prises en charge par des humains. Pour ce faire, il a fallu combiner deux grands mondes de l'Intelligence Artificielle : l'IA statistique (le machine learning) et l'IA symbolique (les ontologies). Alors que les le machine learning se base sur une approche data, les ontologies sont fondées sur des connaissances théoriques. "Les ontologies sont des bases de données dédiées au stockage et à la structuration de la connaissance humaine", détaille Anthony Gadiou. Derrière les réalités physiques énergétiques, il y a en effet des lois physiques, thermodynamiques et mécaniques, que Metron intègre dans des bases de données (les ontologies). Le but est de construire, au travers des ontologies, un catalogue d'optimisation énergétique afin de le tester ensuite sur des sites industriels. Le gain de temps est considérable : nul besoin pour Metron de redévelopper de zéro des modèles d'optimisation énergétique à chaque fois qu'ils travaillent sur un périmètre industriel différent.

Ce modèle technologique spécifique a bien entendu des implications sur le mode d'organisation de l'entreprise : il implique que les data scientists travaillent main dans la main avec des énergéticiens. Dès que ces derniers détectent une optimisation énergétique potentielle, ils passent le relai aux data scientists qui testent ensuite grâce au Machine Learning cette optimisation dans des contextes industriels différents.

Comment les recrutements se sont-ils adaptés à une telle organisation ? "Cela s'est fait naturellement", d'après Anthony Gadiou. D'abord composée en majorité d'experts sur les champs d'IA, l'équipe opérationnelle a petit à petit été renforcée par des énergéticiens. Metron compte également une partie technique composée de développeurs, une équipe innovation chargée de créer le catalogue d'optimisation, un département business et marketing, et une "véritable équipe de R&D". Constituée de six thésards en mathématiques, l'équipe R&D travaille sur la création de modèles génériques d'optimisation et résout des problèmes mathématiques fondamentaux. "Cette équipe est très en lien avec les besoins clients", confie Jérémie Rendolet, "et travaille d'ailleurs sur le même open plan". Lorsque les équipes de data scientists sont confrontées à un problème, elles le font remonter aux équipes R&D, en s'assurant toutefois que ces dernières ne vont pas développer un programme ad hoc pour un client donné mais que l'approche pourra être répliquée sur le reste du portefeuille. Stratégiquement, toute la R&D est basée à Paris afin de capitaliser sur les profils d'excellence d'une part, et sur les subventions de recherche et les prêts accordés par des organismes comme Bpifrance, l'Ademe ou Neftys d'autre part. Pour ce qui est du développement international, il est quant à lui financé par les investisseurs stratégiques et financiers.

Le développement rapide à l'international : un pari risqué mais payant

Grâce à son approche data, Metron est capable d'adapter sa plateforme à tous les secteurs industriels - l'entreprise travaille aussi bien avec des acteurs de l'agro-alimentaire qu'avec des industries plus énergivores telles que les industries du verre, du ciment, de la chimie ou de la papèterie. Dans la stratégie de développement de la scale-up, la question de l'international s'est posée très rapidement : "en France, les prix de l'énergie sont très compétitifs, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays", explique Anthony Gadiou. "Le ROI est de fait beaucoup plus important pour nos clients à l'étranger". Partant de ce postulat, la société a très vite ouvert des bureaux à l'international, notamment en Amérique Latine, en Asie et au Moyen-Orient.

"La prise de risque était plus importante, mais elle porte aujourd'hui ses fruits", déclare Jérémie Rendolet, citant à l'appui les contrats signés avec Danone au niveau international, et avec NTT Facilites au Japon pendant le premier confinement. La pandémie a même accéléré le déploiement des contrats à distance dans un pays comme la Thaïlande, en faisant tomber les barrières mentales chez certains clients qui insistaient pour que Metron se déplace sur site. "Aujourd'hui, nous pouvons déployer un POC de manière 100% virtuelle", déclare le CFO de Metron. La stratégie de distribution de l'entreprise française est duale : elle travaille certes en direct avec les industriels, mais signe également des partenariats avec de grands groupes industriels qui ont eux-mêmes leurs propres portefeuille de clients. En France, Metron a par exemple signé en 2019 un partenariat stratégique avec Dalkia, le fournisseur d'énergie et filiale d'EDF.

L'histoire capitalistique de Metron illustre bien cette stratégie de partenariats stratégiques et de développement international. Dès 2016, Metron lève des capitaux auprès de l'industriel français Airflux et s'étend dans la foulée sur le marché italien. En 2018, la series A de 20 M€, réalisée en plusieurs tranches auprès d'investisseurs stratégiques permet à Metron de financer les équipes commerciales et opérationnelles envoyées sur les marché sud-américains et asiatiques. "Cela nous a permis d'atteindre plus rapidement le break-even dans les six pays où nous nous sommes développés", explique Jérémie Rendolet. L'entreprise prépare en ce moment sa Series B, qui devrait en principe avoir lieu en 2021. La vision de Metron pour l'avenir ? "Les usines seront des drivers importants de la transition énergétique de par leurs capacités d'investissement importantes à l'échelle d'un territoire". Un défi de taille que Metron entend relever aux côtés des industriels.

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